Volez, planez, très haut, dans l’éther insondable,
Emportez nos rêves sur vos ailes nacrées,
Que tous ces nuages où s’enfuient les années
S’en reviennent un jour chargés d’antiques fables.

De ce roi de Thulé et de sa coupe d’or,
Où brillait l’image de son précieux trésor
Maintenant emportée par de noires rafales
Dans les eaux amères aux plaintes sépulcrales.

Sur le continent Mu vivent les Antipodes
Dont les pieds inversés vont rebrousser chemin,
Convertis, apostats, ils mystifient les codes
Tartuffe le matin et le soir bon Scapin.

La dame à la licorne attire les chasseurs
Sur sa tapisserie où va saigner son cœur,
Le Blemmye sans visage et le Monocle hautain,
D’un prieuré, pénitents, sont les seuls paroissiens.

Sur la croupe flamboyante des hippogriffes,
Trouvera-t-on enfin ces terres bienheureuses
Où coule le miel blond et danse la scabieuse
Où l’ardeur du soleil enflamme les hauts ifs ?

Eldorado, ce paradis du nouveau monde !
Ni tes fruits généreux ni tes mines d’argent
Ne feront oublier ces massacres immondes,
Ces ruées sauvages, ces rivières de sang.

Avalon, Avalon, ta montagne sacrée,
Noyée dans des brumes que suscite la fée,
Abritent des grands lacs d’émeraudes fumantes
Où brille Excalibur dans une main flottante.

La prestigieuse Asgard, ses palais de basalte,
Se sont tous effondrés dans un long hurlement,
Crépuscule des Dieux dans d'horribles tourments !
Quand le ciel s’assombrit, seule la mort s’exalte.

Au pays de Cocagne aux délices véniels,
Les panses sont gonflées comme Pantagruel,
Des cornes d’abondance offertes aux passants
Moisissent en-dessous d’un gibet menaçant.

Montségur fracassé, ce rocher du vertige,
Préserva en martyr le secret des Cathares,
Un St Graal mutilé, dépouillé de prestige,
Que quelques nazillons recherchèrent, hagards.

Des îles Salomon où coule le Pactole
S’embarquèrent jadis les colonnes du temple,
Qui à Jérusalem fut un féal symbole,
Avant d’être Salem aux brûlés pour l’exemple.

C’est sous l’Himalaya que s’étend l’Agartha*
Dans un cocon glacial dort le dernier archonte
Qui se réveillera quand sonnera le glas
Pour séparer les justes des fils de la honte…

Et combien d’utopies traversèrent les mers
Suscitant les désirs d’abolir les enfers,
D’ordonner les cités comme un grand horloger,
Une ruche immense où chaque homme est pétrifié.

S’il arrive au savant, enlacé à sa muse,
D’inventer des pays ou jamais rien ne s’use,
De voir comme une orange sa terre si bleue
Devenir fruit pourri, rejeté aux lépreux.

Qu’il se rappelle alors que toute perfection
Dans sa quête absolue engendre des démons,
Que si la pureté enchante les azurs,
Elle éclaire souvent les charniers de l’impur.

*L'Agartha est une cité, un royaume, ou un monde souterrain mythique. Sa de scription est apparue dans la littérature française au XIXe siècle au sein d'ouvrages romancés témoignant de légendes et de mythes hindouistes et bouddhistes. Le thème réapparaît au début du XXe siècle avec le témoignage, contesté, d'un universitaire aventurier ayant parcouru la Mongolie. Cette légende se lie ensuite aux mythes des mondes disparus (Hyperborée, Atlantide, Lémurie), et à partir des années 1950 aux théories de la Terre creuse. Il a été adopté par des mouvements New Age. L'Agartha est en général présentée comme un monde idéal dépositaire de connaissances ou de pouvoirs surnaturels.

Écrit par banniange
Quand le soleil de la culture est bas sur l'horizon,même les nains projettent des ombres de géant!
Catégorie : poèmes divers
Publié le 16/07/2017
Ce texte est la propriété de son auteur. Vous n'avez en aucun cas le droit de le reproduire ou de l'utiliser de quelque manière que ce soit sans un accord écrit préalable de son auteur.
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Commentaires
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Posté le 17/07/2017 à 00:31:33
J'ai d'abord l'impression de parcourir une version poétique du "Matin des Magiciens", puis un conte enchanté ainsi que les Mille et Une Nuits, enfin un réceptacle de maints rêves humains de sociétés parfaites... Mais je découvre en fait un poème sublime d'équilibre entre le lyrisme romantique et une leçon morale bienvenue quant aux dangers totalitaires que recèlent souvent les désirs de sociétés rêvées pures et de civilisations élevées. Platon n'est pas loin.
Bravo Banniange d'offrir encore un de ces poèmes brillants dont tu as le secret ! Journée riche que ce dimanche en favoris...
jacou
Posté le 17/07/2017 à 07:47:23
Merci jacou c'est vrai que l'enchantement des utopies cache mal les totalitarismes qui y font suite!
banniange
Posté le 17/07/2017 à 11:39:36
Vos alexandrins sont superbes, et la lecture est très belle. J'apprécie fort ce sujets des cités disparues. Merci pour le partage !
Galerion
Posté le 17/07/2017 à 13:10:03
Merci pour ce charmant commentaire et je comprends bien votre attirance pour les cités enfouies puisque je la partage, ce poème a d'ailleurs été inspiré par l'ouvrage d Umberto ECCO : Histoire des lieux de légende, à recommander!
banniange
Posté le 18/07/2017 à 01:04:08
Une écriture très riche. La longueur de votre poème est très respectable pour un écrit très intéressant ! bravo Banniange.
suane
Posté le 18/07/2017 à 08:22:05
Merci Suane toujours fidèle au poste!
banniange
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24/09 10:43Comtedesaintgermain
Je dois assister le Colosse, il y a des ennemis en vue.
24/09 10:42Comtedesaintgermain
Place à la Poésie mes amis : régalez-nous de vos féeries.
24/09 10:41jacou
Forcément...
24/09 10:40Comtedesaintgermain
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24/09 10:39jacou
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24/09 10:38jacou
Entre St-Hyacinthe, le C. des Bauges et A.-le-Jeune.
24/09 10:38Comtedesaintgermain
Pourquoi ce N patronyme d'un illustre personnage ?
24/09 10:37Comtedesaintgermain
Je ne le pense pas. G suivi de N et non de G
24/09 10:37jacou
Que j'essaie, Comte, de voir plus clair en vous.
24/09 10:35CRO-MAGNON
Gaël Germain
24/09 10:34Comtedesaintgermain
Sérieusement.
24/09 10:34Comtedesaintgermain
Vous avez écrit G suivi de N que cela signifie-il ?
24/09 10:32Comtedesaintgermain
Oui la Poésie martyre des cités.
24/09 10:31jacou
Bon, revenons à la poésie, maintenant... "Dans Arles, où sont les aliscams..." (Paul-Jean Toulet)
24/09 10:28Comtedesaintgermain
Je reprenais un des protagonistes de sa citation : je me voyais mal dire dans le dos comme un écureuil, toutefois j'aurais pu tout aussi bien dire qu'elle me casse les noisettes.
24/09 10:26Comtedesaintgermain
j'ai N Cad ?
24/09 10:24jacou
Oh ! Elle n'a pas été méchante, monsieur G.N...
24/09 10:23Comtedesaintgermain
De plus elle m'a critiqué pendant mes ablutions, dans mon dos comme une vipère.
24/09 10:22Comtedesaintgermain
Pas comprendre LA FRANCE !!!

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